
Le 19 mai dernier s’est tenu le 4ème forum « Climat et Territoires » à la Faculté de droit et de science politique, organisé en partenariat avec l’Université de Rennes et la métropole de Rennes. Cette édition avait pour ambition d’éclairer les impacts du changement climatique sur les populations et les territoires et de mettre en exergue les conditions sociales et politiques du déploiement des transitions.
Le pari est encore une fois réussi. Agents de collectivités, élus, représentants d’entreprises ou de la société civile : plus de 300 personnes se sont rassemblées pour s’informer, dialoguer et partager des expériences au fil des différentes séquences proposées par le HCBC.
Retour sur une journée riche en contenus, en rencontres et en échanges.
Les enjeux des mobilités et de l’habitat au cœur des regards croisés de la matinée

Après un accueil café sous le signe de la convivialité, le forum s’est ouvert par les discours de Dimitri Lague, Directeur de l’Observatoire des Sciences de l’Environnement de Rennes, Olivier Dehaese, 1er Vice-Président délégué à l’Aménagement et au climat de Rennes Métropole et Loïg Chesnais-Girard, Président de la Région Bretagne. Tous trois ont réaffirmé leur soutien au HCBC et, plus largement, leur engagement, à leur niveau, contre le changement climatique. Ils ont également souligné le rôle des évènements tels que le forum pour faire converger les acteurs et les constats.
La matinée s’est poursuivie par la présentation des derniers travaux du HCBC : les avis sur la révision du volet énergie-climat du SRADDET et sur le PTBC 2026-2028 ainsi que le 4ème Bulletin, intitulé « Changement climatique et société : comprendre agir, transformer ». Conçu en tandem avec le forum, ce Bulletin met en lumière les apports des sciences humaines et sociales en matière de lutte contre le changement climatique.


Les participants ont ensuite assisté à deux regards croisés :
Le premier, animé par Florence Gourlay, membre du HCBC et géographe à l’Université Bretagne Sud, s’intitulait : « Politiques de décarbonation et acceptabilité sociale : le cas des mobilités ». Au programme des discussions : spécificités des mobilités bretonnes, pistes de décarbonation, coordinations entre acteurs. Quatre intervenants sont venus nourrir ces débats : Julien Gingembre, maître de conférences en urbanisme, a rappelé le lien étroit entre les questions environnementales et les problématiques sociales et économiques. Hervé Louarn a partagé son expérience d’élu local en ruralité et a présenté des initiatives de covoiturage et d’autopartage initiées par le collectif Autonomia dont il est le fondateur. Lucie Baquer et Mathilde Vaulay, quant à elles, ont exposé les caractéristiques et les défis liés à la mobilité dans un territoire du Centre-Bretagne marqué par une forte ruralité, où les déplacements dépendent largement de l’usage de la voiture individuelle.


Visionnez le replay de ce premier « Regards croisés » :
La deuxième séquence de “Regards croisés”, intitulée « Vulnérabilités et inégalités face au changement climatique : les enjeux de l’habitat » et animée par Jean-Pierre Le Bourhis, membre du HCBC et politiste CNRS au laboratoire ARENES, a interrogé la manière dont les enjeux environnementaux s’articulent avec la justice sociale en matière d’habitat. Trois intervenants ont pris part aux échanges et répondu aux interrogations du public : Jonathan Morice, Directeur général adjoint du pôle stratégies, développement, aménagement de Rennes Métropole, a rappelé les axes structurants de la politique de l’habitat du territoire, en abordant notamment la nécessité d’offrir des “compromis résidentiels” aux habitants afin de rendre la densification désirable. Sandrine Cassan, cheffe de projet chez Archipel Habitat est ensuite revenue sur une étude conduite par le bailleur social visant à déterminer le niveau de vulnérabilité de son patrimoine au changement climatique. Elle a insisté sur l’importance de disposer de données territoriales précises sur l’exposition au risque climatique à court et long terme afin d’agir efficacement. Brieuc Bisson, maître de conférences en géographie à l’Université Rennes 2, a enfin souligné que la réduction de l’empreinte environnementale du logement passait aussi par des questionnements socio-économiques sur l’occupation et le partage des habitats, dans un contexte breton où les résidences secondaires constituent parfois la majorité des logements d’un territoire.


Visionnez le replay de ce deuxième « Regards croisés » :
Après un déjeuner végétarien au RU La Fougère, l’après-midi a laissé davantage de place à l’interactivité entre les participants. Ceux-ci ont pris part à l’un des 7 ateliers proposés, animés par des intervenants issus d’institutions variées telles que Rennes Métropole, le CESER de Bretagne, Breizh Alec, ou encore Territoires Rennes.
Deux groupes sont partis en balade : le premier s’est rendu aux Prairies Saint-Martin afin de découvrir, grâce à la coanimation de scientifiques et d’agents de la ville de Rennes, les bénéfices qu’un tel espace naturel peut offrir aux habitants, à la biodiversité et à la commune. Le second groupe a été accueilli par la Maison du projet urbain de Maurepas, un lieu de médiation et d’échanges dédié aux habitants du quartier, ainsi que par Archipel Habitat, qui leur a ouvert les portes d’un logement réhabilité. Cette visite a permis d’aborder concrètement les enjeux énergétiques et environnementaux liés à la rénovation de l’habitat.
D’autres participants se sont projetés dans le futur, grâce au jeu OSCAR développé et animé par BreizhAlec. Plongés dans un territoire fictif en pleine canicule en 2050, les joueurs ont dû proposer des actions d’urgence pour limiter l’effet des événements extrêmes avant d’imaginer ensuite les politiques publiques à déployer aujourd’hui pour prévenir au mieux les difficultés.

Le CESER Bretagne a proposé un atelier sur les freins à la transition en Bretagne. Après une présentation de l’étude « L’inaction n’est pas une option », les participants ont échangé en petits groupes pour approfondir le sujet et confronter leurs expériences. Grâce aux retours des participant.es, le jeu élaboré par le CESER pour ce forum a été revu et corrigé, il sera disponible sur demande auprès du CESER pour poursuivre et démultiplier les réflexions sur la levée des freins à la transition en région.
Enfin, cette année, trois ateliers ont été animés et pilotés par des agents de Rennes Métropole. Le premier portait sur la mobilisation citoyenne : après un bilan des Conférences locales du climat (événement organisé annuellement par la Ville de Rennes), des discussions en sous-groupes ont permis aux participants de réfléchir collectivement aux différentes façons de mobiliser les citoyens autour des enjeux environnementaux. Un autre atelier a abordé le rôle des sciences comportementales dans la communication, grâce à une présentation de la campagne rennaise « On a déjà tout pour le futur », puis à l’utilisation d’un jeu de cartes développé par la direction interministérielle de la transformation publique. Enfin, un atelier dédié au contrat de coopération métropolitain a permis de revenir sur la dynamique partenariale enclenchée par la collectivité rennaise avec la quasi-intégralité des EPCI d’Ille-et-Vilaine, le Département, la Région et l’Etat. Huit intervenants ayant suivi activement la démarche ont témoigné de la façon dont ce contrat de coopération avait pu faire avancer certains sujets connexes à plusieurs territoires : eau, énergie, agriculture, etc.
Cette journée s’est conclue par une restitution collective du contenu des ateliers par les membres du HCBC, précédée d’un discours d’Eric Hitti, vice-président du conseil d’administration, en charge du développement durable et de la responsabilité sociétale.
Conférence grand public : 2 questions, 3 sciences, 3 réponses
Pour la première fois, le HCBC a fait appel à trois de ses membres pour animer une conférence grand public sur les transformations sociales. Dans la continuité du Bulletin annuel, l’objectif était d’éclairer sur le rôle des sciences humaines et sociales dans la décarbonation et dans l’adaptation au changement climatique. Jean-Pierre Le Bourhis, politiste, Nicole Roux, sociologue, et Alain Somat, psychologue social, ont tour à tour répondu à deux questions, via le prisme de leur discipline : comment les sciences humaines et sociales expliquent-elles la difficulté des individus et des organisations à passer à l’action malgré l’information abondante sur le climat ? Et comment ces trois sciences peuvent-elles accompagner les transformations et aider à dépasser l’inaction ?
Par l’intermédiaire d’un quizz en direct, le public a été invité à bousculer certains préjugés autour de l’éco-anxiété et de la mobilité, tout en prenant conscience des freins et des limites qui jalonnent les solutions face au changement climatique. À partir de quel moment devient-on éco-anxieux ? Combien de Bretons utilisent leur voiture pour des trajets domicile-travail de moins de 2 km ? À quelles conditions les citoyens acceptent-ils des politiques publiques de décarbonation contraignantes ? Autant de questions qui ont nourri des échanges riches et ont permis à chacun de repartir avec un regard neuf sur ces enjeux.
Visionnez le replay de la conférence :
Publié le 13 mars 2026