La « transition juste » s’inscrit dans une approche « sociale-écologique »1 de la question climatique qui prend en compte l’interdépendance entre les dynamiques sociales et environnementales. Inscrite au préambule de l’Accord de Paris, elle a fait l’objet d’une déclaration spécifique lors de la 24e Conférence des Parties (COP24) de 2018. La transition juste vise à la garantir des moyens de subsistance et à lutter contre les inégalités, tout en s’orientant vers un avenir à faible émission de carbone. Elle doit permettre de répartir les coûts inévitables et doit être associée à une mise en débat démocratique afin de poursuivre un objectif commun. Les politiques climatiques ne doivent pas « perpétuer les asymétries entre les États et les populations plus riches et plus pauvres », ni « remplacer les anciennes formes d’injustice par de nouvelles ».
Les plus précaires polluent moins, mais subissent plus le changement climatique
Afin d’atteindre les objectifs de neutralité carbone d’ici 2050, les émissions de gaz à effet de serre (GES) ne doivent pas dépasser 2 tonnes équivalent CO2 par an et par personne. Or, selon l’OEB, l’empreinte carbone des bretons est en moyenne de 10,5 teqCO2 par an2. Toutefois, cette moyenne masque d’importantes disparités au sein de la population : les 10 % de bretons les plus pauvres affichent une empreinte de 2,5 t eqCO2, dix fois moins élevée que celle des 1 % de bretons les plus riches, qui atteint les 24,7 t eqCO23. L’effort de réduction des émissions doit donc d’abord reposer sur les catégories les plus aisées.

Figure 1 : Empreinte carbone des 10% de Bretons les plus pauvres en comparaison avec celle des 1% de Bretons les plus riches. En moyenne, les 1% de Bretons les plus riches ont une empreinte carbone environ 10 fois plus élevée que les 10% les plus pauvres. Sources : OEB, 2025. Réalisation HCBC.
Cet écart au sein de la population s’explique car les revenus modestes, et particulièrement les près de 400 000 bretons vivant sous le seuil de pauvreté4, ont un mode de vie plus sobre : ils ne voyagent pas ou peu en avion, mangent moins de viande et n’ont pas les moyens de surconsommer. Leurs dépenses sont souvent contraintes ou peu compressibles. Ils sont également contraints d’habiter loin des centres-villes, dans des zones mal desservies par les transports en commun, nécessitant de consacrer davantage d’argent à l’essence pour se déplacer. En outre, certains pâtissent davantage des conséquences du changement climatique, par exemple en subissant davantage les canicules estivales car ils habitent dans des logements souvent mal isolés.

Figure 2 : Repères sur le niveau de vie des Français en 2023 (montant par mois, pour une personne seule). Sources : SDES, ADEME, INSEE. Réalisation HCBC.
Les politiques actuelles de transition amplifient les inégalités sociales
Le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE), montre que la transition écologique peut améliorer la vie des plus modestes mais induit des risques sociaux qu’il faut anticiper et prévenir5. Aujourd’hui, certaines politiques publiques amplifient les inégalités sociales, au point d’avoir été un déclencheur de la mobilisation des gilets jaunes en France. Quand de nouvelles politiques en faveur de la transition écologique augmentent la fiscalité sur tout ce qui émet du carbone, notamment sur le carburant, le budget des ménages les plus modestes est proportionnellement plus impacté. Les plus fragiles économiquement ont du mal à s’adapter aux impératifs de la transition car leurs contraintes budgétaires et résidentielles les empêchent d’investir dans des alternatives plus « vertes » (véhicules électriques, aliments labellisés…). De plus, ils manquent d’information sur les aides disponibles, les normes en vigueur et les restrictions en place ou à venir.
Si la transition ne s’attelle pas à la réduction des inégalités sociales, elle risque d’accroître les difficultés des plus modestes, pourtant plus vertueux sur le plan des émissions. Sans répartition équitable de l’effort et prise en compte des inégalités, sans redéfinition de la solidarité, sans accompagnement des effets possiblement régressifs, autrement dit sans transition juste, aucune « acceptabilité » sociale n’est possible et l’efficacité des mesures de lutte contre le changement climatique est compromise.
Titre : Inégalités sociales et transition juste
Auteur : Haut Conseil Breton pour le Climat
Année de publication : 2026
Type : Rapport
Citation : HAUT CONSEIL BRETON POUR LE CLIMAT, 2026, « Inégalités sociales et transition juste », Bulletin annuel 2026, p. 13-14
- Laurent, E., 2020. https://sciencespo.hal.science/hal-03403012v1 ↩︎
- Les déplacements et le logement constituent la plus grande part de l’empreinte carbone (49 %), 83 % des émissions sont indirectes (liées à la production des biens et services), et près de la moitié des émissions sont importées. ↩︎
- OEB. 2025. https://bretagne-environnement.fr/notice-documentaire/chiffres-cles-energie-bretagne-2025 ↩︎
- INSEE, 2026. https://www.insee.fr/fr/statistiques/4480852#titre-bloc-20 ↩︎
- CNLE. 2024. https://solidarites.gouv.fr/publication-du-rapport-faire-de-la-transition-ecologique-un-levier-de-linclusion-sociale ↩︎