En France, les grands enjeux de santé publique sont marqués notamment par le vieillissement de la population et l’augmentation des maladies chroniques telles que les cancers, les maladies cardiovasculaires, les maladies respiratoires chroniques, le diabète et les troubles de la santé mentale1. En Bretagne, les cancers et les maladies de l’appareil circulatoire constituent les principales causes de mortalité dans la région et celle-ci présente des indicateurs particulièrement préoccupants concernant la santé mentale. S’il accentue les risques sanitaires, le changement climatique peut aussi ouvrir la voie à une transformation des politiques publiques de santé.
Des impacts sanitaires multiples
Mis en lumière dans le dernier rapport du GIEC et suivis depuis 2015 par le Lancet Countdown2, les impacts sanitaires du changement climatique se traduisent directement par une hausse de la mortalité, par une augmentation des maladies liées à la chaleur, à la pollution de l’air, à l’insécurité alimentaire et hydrique ainsi que par la dégradation de la santé mentale et un risque accru de propagation des maladies vectorielles.
En 2024, la Bretagne a enregistré 134 décès attribuables à la chaleur, soit environ 1 % de l’ensemble des décès estivaux et 649 passages aux urgences pour des pathologies directement associées à la chaleur. Ces passages aux urgences concernent majoritairement les personnes âgées, mais touchent également les 15–74 ans, soulignant que toutes les classes d’âge sont affectées par l’exposition aux fortes chaleurs. Les épisodes répétés d’inondations sont également une source de stress majeur pour les personnes qui les subissent et dont les conséquences peuvent se manifester jusqu’à plusieurs semaines après le sinistre.
D’autres effets sont le produit, plus indirect, de la dégradation par le changement climatique de facteurs environnementaux essentiels à la santé (tels que la qualité de l’air ou les milieux naturels) ou de facteurs socio-économiques assurant le bien-être des populations (par exemple l’accès aux soins rapide et de qualité, la production agricole, l’approvisionnement en eau potable, etc)3. L’impact des événements météorologiques extrêmes sur les établissements sanitaires et médico-sociaux est aussi un bon exemple de ce type d’effets indirects. Au-delà des dommages directs causés aux infrastructures, ces événements peuvent perturber la continuité des soins pour les patients et l’accès aux soins pour les populations (évacuation d’un EHPAD à Rennes lors des inondations de janvier 2025 ou des services des urgences de Saint-Malo en septembre 2025).
Un système de santé qui commence à s’adapter
Pour anticiper les multiples effets que peuvent avoir les inondations sur la psychologie des habitants sinistrés, des initiatives d’accompagnement ont déjà été mises en place. En 2025, le Centre communal d’Action sociale (CCAS) de Redon a par exemple coordonné l’intervention de la Croix-Rouge et de bénévoles pour accompagner les personnes évacuées, assuré un suivi spécifique des habitants isolés encore hébergés dans des structures municipales, et mis en place une cellule d’écoute psychologique.
Concernant les canicules, là aussi, les établissements de santé les subissent, s’y préparent et beaucoup ont déjà mis en place des dispositifs pour lutter contre les effets de la chaleur. Ainsi, des protocoles canicules formalisent la gestion thermique des espaces collectifs, l’usage de la climatisation et la gestion des ouvertures exposées. Ils prévoient aussi le renforcement des rondes d’hydratation et l’adaptation des activités pour les résidents présentant des troubles cognitifs.
Toutefois, si ces exemples illustrent l’existence de pratiques structurées face aux risques, l’adaptation reste très hétérogène selon les établissements. Une partie importante du parc immobilier sanitaire et médico-social, souvent construit dans les années 1960-1970, présente un niveau élevé de vétusté et une isolation insuffisante, rendant la gestion thermique difficile lors des épisodes de chaleur intense.
Synergies et co-bénéfices entre actions climatiques et santé
Si le changement climatique constitue une menace sanitaire majeure, les actions mises en place pour y répondre offrent aussi l’opportunité d’améliorer la santé et le bien-être des populations. Des co-bénéfices sanitaires, environnementaux et économiques peuvent découler des politiques d’atténuation et/ou d’adaptation au changement climatique4. Le GIEC définit les co-bénéfices comme les effets positifs qu’une politique ou une mesure visant un objectif précis (par exemple l’atténuation du changement climatique) peut produire sur un autre objectif (comme la santé publique), indépendamment de sa contribution à l’objectif principal.
Par exemple, l’augmentation de l’activité physique et les changements alimentaires contribuent à la fois à lutter contre le changement climatique et à améliorer la santé des individus5. Ces bénéfices sont visibles localement et à court terme et contribuent à rendre les actions climatiques plus concrètes et perceptibles pour les populations. L’analyse économique montre que les bénéfices sanitaires monétisés surpassent les coûts de mise en œuvre des stratégies bas carbone6.
Des exemples de co-bénéfices sont illustrés ci-dessous.

Figure 1 : Exemples de co-bénéfices climat-environnement-santé pour la transition écologique. Sources : Guide ISAdOrA.
Vers des actions coordonnées climat-santé-environnement : le cas exemplaire des politiques de mobilité
Les actions climatiques menées dans le secteur des transports, encourageant le report modal des transports thermiques vers des mobilités actives ou collectives décarbonées, constituent de bons exemples de politiques publiques génératrices de co-bénéfices pour la santé. Cela s’opère via différents mécanismes tels que l’augmentation des pratiques d’activité physique (un facteur de protection bien reconnu vis-à-vis des maladies chroniques7) ou la diminution du trafic routier dont découle une baisse d’émissions de polluants atmosphériques et une baisse des émissions sonores8. Ces politiques de décarbonation des mobilités peuvent également générer d’autres co-bénéfices, comme une moindre artificialisation des sols, une diminution des dépenses pour les ménages ou encore la requalification d’espaces en faveur de la nature. Des études quantitatives9 permettent aussi d’objectiver les gains sanitaires, d’identifier les zones où les efforts doivent être intensifiés, de justifier des investissements ciblés dans les infrastructures favorisant la marche et le vélo et servir d’aide à la décision.

Photo 1 : Piste cyclable et végétalisation – Promenade de La Rabine, Ville de Vannes ©Richard Villalon
L’approche fondée sur les co-bénéfices constitue un levier particulièrement prometteur pour accélérer les transformations nécessaires à la préservation du climat, de l’environnement et de la santé. Mettre en avant les impacts sanitaires peut permettre de rendre la crise climatique plus tangible et de renforcer l’urgence d’agir, aussi bien individuellement que collectivement. Toutefois, sa mise en œuvre effective exige que la santé devienne une priorité clé des politiques d’atténuation et d’adaptation, notamment à l’échelle des grandes villes qui sont à la fois sources majeures d’émissions de GES et zones fortement exposées aux aléas climatiques.
Titre : Changement climatique et santé : impacts et opportunités
Auteur : Haut Conseil Breton pour le Climat
Année de publication : 2026
Type : Rapport
Citation : HAUT CONSEIL BRETON POUR LE CLIMAT, 2026, « Changement climatique et santé : impacts et opportunités », Bulletin annuel 2026, p. 15-18
- ARS. 2023. https://www.bretagne.ars.sante.fr/media/104940/download?inline ; PRSE. 2024. https://www.bretagne.prse.fr/tableau-de-bord-sante-environnement-en-bretagne-a545.html ↩︎
- Watts, N. et al. 2016. https://doi.org/10.1016/S0140-6736(17)32464-9 ↩︎
- Haines, A. et Ebi, K. 2019. https://doi.org/10.1056/NEJMra1807873 ↩︎
- Becvarik, Z.A. et Al., 2024. https://www.doi.org/10.1088/1748-9326/ad78ef ; Fernandez-Guzman, D. et Al., 2023 https://doi.org/10.1016/j.lana.2023.100602 ↩︎
- Gao, J. et Al., 2018. https://doi.org/10.1016/j.scitotenv.2018.01.193 ; Jean, K. et al., 2025 https://doi.org/10.1684/ers.2025.1858 ↩︎
- Moutet, L., 2025. https://doi.org/10.1016/S2542-5196(24)00330-9 ↩︎
- Lee, IM. et Al., 2012. https://www.thelancet.com/article/S0140-6736%2812%2961031-9/fulltext ↩︎
- EEA. 2025. https://doi.org/10.2800/1181642; Hahad, O., et Al., 2024. https://doi.org/10.1038/s41370-024-00642-5 ↩︎
- Fremont, H., et al., 2024. https://doi.org/10.12688/wellcomeopenres.20917.2 ↩︎