Le terme de backlash écologique s’est diffusé récemment dans les médias, depuis 2024, pour désigner l’émergence de résistances à l’action environnementale et climatique. Celles-ci sont toutefois anciennes et documentées par les sciences sociales qui ont montré l’existence d’oppositions organisées, utilisant les outils du lobbying ou de la désinformation. Si leur impact et leur audience restent limités, elles s’ajoutent à un ensemble multiforme de résistances bien identifiées aux niveaux individuel et collectif qui freinent les transformations. Face à ces oppositions, des constats objectifs sur les diagnostics et les vulnérabilités doivent venir éclairer un débat démocratique permettant aux citoyens d’arbitrer entre les différentes voies possibles face au changement climatique.
Un terme récent couvrant des postures anciennement établies
Les mobilisations environnementales des années soixante-dix engendrent très tôt les premières expressions connues d’un « backlash », nourries du refus d’une intervention étatique dans ce domaine, et dénonçant l’alarmisme des scientifiques1. Les critiques proviennent de groupes de pressions opposés traditionnellement à l’intervention régulatrice de l’État dans l’économie. On en trouve trace en France dès les années quatre-vingt : des actions de désinformation et d’influence cherchent à peser sur le gouvernement, engagé alors dans un programme ambitieux de lutte contre le réchauffement climatique, qui sera finalement abandonné2
L’analyse d’archives de sociétés pétrolières a montré l’existence de campagnes attaquant les savoirs climatiques, contestant la crédibilité des chercheurs et travaillant à la production de doutes en finançant des recherches contredisant les consensus robustes établis par le GIEC3. En France des enquêtes récentes montrent la persistance de ces pratiques de désinformation mise en œuvre par des réseaux d’acteurs, d’associations ou de think tanks, aujourd’hui relayées par des réseaux sociaux et des médias de masse4.
Ces actions organisées d’acteurs sociaux et économiques sont fondées sur des campagnes de relations publiques et bénéficient d’une surexposition médiatique et d’une surreprésentation sur les réseaux sociaux, qui ne correspondent pas à la réalité de leur audience5. Loin des constats d’un reflux global, véhiculé par l’idée du « backlash », ces opinions restent minoritaires face à la prédominance de préoccupations climatiques, largement partagées. Une étude récente indique par exemple une quasi-unanimité dans le constat d’un changement climatique en cours (91 %, contre 8 % qui n’y croient pas6).
Un passage à l’action freiné par divers obstacles et des désaccords sur les solutions
S’il y a donc bien une prise de conscience et désormais un quasi-consensus sur l’existence d’un problème de changement climatique, le passage à l’action et la mise en œuvre de solutions rencontrent toutefois des barrières nombreuses et de différentes natures. Les connaissances produites par les sciences sociales ont bien identifié cette pluralité d’obstacles qui sont présents au niveau individuel, mais aussi à celui des groupes sociaux, des professions, des communautés de proximité, ou encore de la société dans son ensemble, dans ses normes culturelles, ses institutions ou ses infrastructures7. Selon le niveau considéré, il peut s’agir de biais psychologiques ou cognitifs, de verrouillages techniques ou socio-économiques, comme dans le cas du système de production agricole, d’une inertie sociale ou culturelle, comme pour les pratiques alimentaires ou de mobilité, d’habitudes de consommation, etc. Les acquis récents des travaux dans ce domaine montrent la nécessité de considérer ces contraintes comme un ensemble, en évitant de privilégier un facteur ou un niveau unique. Du côté de l’action, il faut donc aussi créer les conditions nécessaires, au niveau individuel comme collectif, pour permettre les transformations nécessaires des modes de vie8.
La mise en œuvre de ces transformations ne peut toutefois se réduire à la seule question de la bonne ingénierie sociale, aussi sophistiquée soit elle. Les résistances et la conflictualité déjà évoquées révèlent l’existence de divergences de nature politique sur les choix collectifs et les solutions à adopter. Ces divergences sont légitimes dans un système démocratique : elles renvoient à des systèmes de valeurs et différents rapports au risque, des préférences concernant la prise en charge par la collectivité ou par l’individu seul des coûts liés, le choix d’un niveau de protection pour les populations ou, à l’inverse, une acceptation de l’exposition aux menaces climatiques.
Pour être durables et légitimes, les arbitrages entre ces options doivent être décidés dans le cadre de procédures démocratiques et résulter de débats pluralistes, éclairés par les constats les plus rigoureux et fondés sur l’état des savoirs. Ceux-ci en particulier doivent être protégés des tentatives, déjà observées dans le passé et toujours présentes, d’influencer la science, de freiner la connaissance des situations et des vulnérabilités, afin d’effacer ou de minimiser le problème climatique.

Photo 1 : Les Universités de Rennes participent à la journée Stand Up for Science le 7 mars 2025 place de la République, en soutien aux attaques contre les institutions scientifiques © Julien Le Bonheur
Titre : Résistances et oppositions autour du climat : du déni au débat
Auteur : Haut Conseil Breton pour le Climat
Année de publication : 2026
Type : Rapport
Citation : HAUT CONSEIL BRETON POUR LE CLIMAT, 2026, « Résistances et oppositions autour du climat : du déni au débat », Bulletin annuel 2026, p. 37-38
- Le terme est par exemple employé par le New York Times en 1970 ainsi que dans le journal Nature en 1971 dans le sillage de la Première journée de la Terre. ↩︎
- Bonneuil, C., 2023 https://doi.org/10.3917/vin.159.0079 ↩︎
- Oreskes, N., Conway, E., 2021. https://www.puf.com/les-marchands-de-doute ↩︎
- Foucart, S., 2020. https://www.editionsladecouverte.fr/les_gardiens_de_la_raison-9782348084775 ↩︎
- Chavalarias, D., et al., 2023. https://hal.science/hal-03986798 ↩︎
- Odoxa. 2025. https://www.odoxa.fr/wp-content/uploads/2025/09/ICI-Ma-commune-mon-maire-et-moi-Volet-Environnement-Septembre-2025.pdf ↩︎
- Ademe. 2016. https://librairie.ademe.fr/societe-et-politiques-publiques/2289-changer-les-comportements-faire-evoluer-les-pratiques-sociales-vers-plus-de-durabilite-9791029703638.html ↩︎
- IDDRI. 2024. https://www.iddri.org/fr/publications-et-evenements/decryptage/quand-peut-veut-conditions-sociales-de-realisation-de-la ↩︎