Le logement, en tant qu’abri, constitue un besoin primaire et un droit fondamental des êtres humains. Dans les sociétés occidentales, ce droit social à l’accès au logement sain se confronte à la loi du marché. Ceci est d’autant plus vrai en Bretagne, où le marché de l’immobilier est sous tension dans les zones urbaines et littorales, où se concentrent l’emploi et les sites touristiques, alors que le centre rural compte de nombreux logements vacants et des zones d’habitat très diffus.
Une baisse des émissions de gaz à effet de serre qui cache de fortes inégalités sociales
En Bretagne, en 2023, le secteur résidentiel correspond à 9% des émissions de GES, ce qui place ce secteur après l’agriculture (40%), le transport (34%) et l’industrie (11%)1. Les émissions de GES liées à l’utilisation d’énergie dans les logements ont baissé de 36% entre 2012 et 2023 grâce à la baisse des besoins en chauffage corrélée à la hausse des températures hivernales, une meilleure performance thermique des logements (rénovations de l’existant et réglementations énergétiques sur le neuf) et une électrification de l’énergie. Un autre facteur de cette baisse est la diminution de la consommation d’énergie chez les catégories plus précaires de la population, du fait de la hausse du coût de l’énergie ces dernières années : cette « sobriété subie » reflète ainsi une vulnérabilité énergétique croissante (Figure 2).

Figure 1 : Infographie des chiffres clés de l’habitat en Bretagne versus France. Sources : INSEE ; OEB ; SDES ; ONPE. Réalisation HCBC.
Par ailleurs, le changement climatique, qui s’accompagne de périodes de fortes intempéries en hiver et de vagues de chaleurs de plus en plus fréquentes en été, a aussi tendance à amplifier les inégalités d’accès à un logement décent. Les logements considérés comme des « passoires thermiques » en hiver, qui représentent 13% des logements bretons, sont encore plus souvent considérés comme des « bouilloires thermiques » lors des périodes de canicule. Les plus touchés sont les locataires, les ouvriers, les employés et les personnes de moins de 35 ans.

Figure 2 : Evolution du coût de l’énergie entre 2015 et 2024, en €TTC/MWh. Sources : SDES ; ADEME ; INSEE. Réalisation HCBC
Rénover et décarboner
Pour s’adapter au changement climatique et réduire l’impact du logement sur celui-ci, plusieurs leviers sont possibles. Le premier est le travail sur le bâti existant : il faut accélérer la rénovation énergétique des logements, en visant une approche globale, notamment une réflexion sur la performance thermique du bâti incluant l’isolation des parois et la modernisation des ouvrants. Améliorer l’isolation thermique permet de limiter l’énergie d’usage, tout en améliorant le confort global de l’habitation, notamment la lutte contre les vagues de chaleur. Cependant cette nécessité se confronte au coût important de ce type de travaux et au manque de moyens d’une partie de la population bretonne.
Le second levier est la mise en place de systèmes de chauffage décarbonés ou renouvelables : solaire thermique, pompes à chaleur et systèmes électriques, bois de chauffage. Le troisième levier est le choix pertinent des systèmes constructifs (neuf et rénovation), en se tournant vers des matériaux low-tech et locaux (ex : terre crue pour le bâtiment) pour limiter l’empreinte environnementale de la construction et en massifiant l’usage des matériaux biosourcés (ex : bois de structure, paille ou laines végétales en isolation) afin de stocker du carbone biogénique dans les bâtiments. Sur ce levier, il existe encore une grosse marge de progression en Bretagne : en 2020, le chiffre d’affaires de la construction bois en Bretagne représentait seulement 6,6% de l’ensemble de la construction neuve2.
Le poids du littoral et des résidences secondaires
La région est caractérisée par une proportion importante de logements en propriété, par de fortes pressions foncières en zone littorale et dans les grandes métropoles, ainsi que par une proportion importante de logements vacants dans le centre rural (Figure 3). Ces singularités territoriales s’expliquent par la concentration des emplois dans les grandes villes ou dans les zones touristiques. La pression immobilière, notamment sur le littoral, s’explique aussi par le fait que la Bretagne a été identifiée par les français comme région « refuge » en cas de déménagement lié aux risques climatiques3. Il faut souligner aussi le paradoxe entre les prévisions de risques de submersion croissants liés au changement climatique et la pression immobilière sur le littoral breton qui continue de croître.

Figure 3 : Carte synthétique de la tension du marché de l’habitat en Bretagne. Réalisation SCEAL et DREAL, avril 2024.
Ainsi, 36% de la population bretonne se trouve sur la zone littorale alors que celle-ci ne représente que 18% du territoire4. Cette situation crée de l’activité et de l’emploi, mais pose de nombreuses questions au niveau environnemental. Le cas des résidences secondaires en est l’illustration. Elles représentent en moyenne 13,3% des logements en Bretagne (9% en France) mais avec de fortes disparités suivant les territoires (par exemple, jusqu’à 41% à Cancale5). L’occupation de ces résidences, qui se situent pour la grande majorité à moins de 2 km du rivage, s’accompagne souvent d’une intensification de l’usage de la voiture individuelle, voire pour certains de l’avion6. De plus, ces résidences secondaires sont en grande majorité des maisons individuelles (97% dans le cas de Lannion Tregor Communauté), de taille conséquente participant donc pour une bonne partie à l’artificialisation des sols. Souvent considérées comme « passoire thermique » (DPE ≤ E), ces logements présentent donc, ramenées à leur surface par habitant, des empreintes énergétiques et climatiques importantes.
D’un point de vue social, la loi Solidarité et Renouvellement Urbain qui a pour objectif d’encourager le développement durable et de viser une plus grande solidarité n’est pas adaptée aux spécificités du littoral breton car les minimas de logements sociaux y sont calculés par rapport au nombre de résidences principales. Cette situation accentue la tension sur l’accès aux logements sociaux pour les plus démunis. Les pistes d’amélioration évoquées par les pouvoirs publics sont minces. Elles pourraient consister à créer un statut de résident principal ou créer une taxe régionale plus élevée sur les résidences secondaires.
Aller vers plus de sobriété dans nos modes d’habiter
En zone d’habitat diffus, les habitats réversibles7 pourraient répondre à une partie des enjeux environnementaux et sociétaux. Ainsi, le calcul de l’empreinte carbone de la construction et de l’usage d’un hameau de 7 habitats réversibles sur le site de Commana (Finistère) a mis en évidence un impact carbone surfacique de la construction entre 2 et 9 fois plus faible qu’une maison conventionnelle8. L’impact d’un occupant de hameau léger (construction et consommation d’usage) est aussi évalué deux à trois fois moindre que celui d’un occupant d’une maison neuve contemporaine9.
Les habitations légères, réversibles et parfois mobiles peuvent ainsi permettre de tendre vers un habitat plus autonome et écologique, tout en construisant du lien social10. C’est le cas, par exemple, de l’aménagement d’un village de 30 Tiny Houses à Grand-Champ (Morbihan), dont certaines proposées en HLM. Une des limites reste cependant le caractère contraint de ce mode de vie pour les plus démunis, pour lesquels l’habitat en mobile-home ou en logements légers précaires est davantage le résultat du manque d’accès aux logements sociaux qu’un choix de vie positif11.
Dans les plus grandes agglomérations, cette solution est beaucoup moins envisageable et non souhaitable. Limiter l’artificialisation des sols et l’impact environnemental doit être privilégié avec le développement de bâtiments collectifs plus compacts, plus efficaces d’un point de vue énergétique et plus proches de toutes les activités et des transports collectifs ou actifs (vélo, marche à pied). De même, la rénovation du parc de bâtiments existants reste à privilégier.
Titre : Changer les modes d’habiter
Auteur : Haut Conseil Breton pour le Climat
Année de publication : 2026
Type : Rapport
Citation : HAUT CONSEIL BRETON POUR LE CLIMAT, 2026, « Changer les modes d’habiter », Bulletin annuel 2026, p. 33-36
- OEB. 2025. https://bretagne-environnement.fr/notice-documentaire/chiffres-cles-energie-bretagne-2025 ↩︎
- VEIA. 2023. https://www.institut-veia.fr/wp-content/uploads/2023/08/rapportbatimentdurable2022.pdf ↩︎
- ODOXA. 2025. https://www.odoxa.fr/wp-content/uploads/2025/09/ICI-Ma-commune-mon-maire-et-moi-Volet-Environnement-Septembre-2025.pdf ↩︎
- Poupard, G., 2017. https://doi.org/10.3917/popav.733.0004 ↩︎
- Keltz, B., et Bocel, J. 2023. https://www.editionsducoindelarue.com/product-page/bretagne-secondaire ↩︎
- Adie, B.A., & Hall, C.M., 2023. https://doi.org/10.4324/9781003091295 ↩︎
- Selon l’association Hameaux Légers, les habitats réversibles, aussi nommés “légers” ou “démontables” regroupent les logements sans fondation ancrée au sol. Ils peuvent être mobiles (roulottes), transportables (mobil’home), démontables (Yourte), ou biodégradables (Kerterre). ↩︎
- Visant le seuil réglementaire 2031 de la réglementation environnementale (RE2020) cf. CEREMA. 2024. https://www.cerema.fr/fr/actualites/evaluer-impact-environnemental-nouvelle-forme-habitat ↩︎
- Poupard, G., 2017. https://doi.org/10.3917/popav.733.0004 ↩︎
- INSEE. 2025. https://www.insee.fr/fr/statistiques/1405599?geo=COM-35049 ↩︎
- Keltz, B., et Bocel, J. 2023. https://www.editionsducoindelarue.com/product-page/bretagne-secondaire ↩︎