Face aux défis environnementaux, l’économie bretonne doit se transformer en profondeur, non seulement pour participer aux efforts d’atténuation du changement climatique et de préservation des écosystèmes, mais aussi, dans une logique d’adaptation, pour améliorer sa résilience, assurer la viabilité économique des entreprises et préserver l’emploi. Si les enjeux d’atténuation sont plus fréquemment mis en avant, avec la notion de responsabilité sociétale des entreprises (RSE), la question de l’adaptation se révèle être un puissant levier de transformation.
Réduire les émissions : responsabilité et leviers des entreprises
L’impact des entreprises bretonnes sur les émissions de GES et les leviers mobilisables pour les réduire sont liés aux particularités de l’économie régionale. L’agriculture représente environ 20 % des émissions de GES à l’échelle nationale, mais près de 40 % des émissions sur le territoire breton. L’industrie, hors production d’énergie, génère quant à elle 9 % des émissions régionales contre 17 % à l’échelle nationale1. Elle se caractérise par la prédominance de la filière agroalimentaire, qui concentre 41 % de l’emploi industriel breton2. Les principaux leviers d’atténuation dans ce secteur reposent sur la sobriété et l’efficacité énergétiques, la décarbonation, l’économie circulaire et l’action sur les chaînes de valeur agricoles3. Le tourisme constitue également un pilier important de l’économie régionale, représentant environ 8 % du PIB breton4, ce qui soulève des enjeux spécifiques : gestion des mobilités, consommation de ressources sur de courtes périodes, pression sur les infrastructures locales et les écosystèmes côtiers.

Figure 1 : Contribution, en %, de différents secteurs socio-économiques au total des GES émis en 2023 sur le territoire breton et français. Sources : SDES et OEB. Réalisation HCBC.
De l’engagement volontaire aux dynamiques collectives
Aujourd’hui, hors secteurs couverts par le marché européen du carbone, les entreprises françaises sont principalement soumises à des obligations de déclaration et de transparence sur leurs émissions de GES, sans limite réglementaire directe sur leur volume d’émissions. Dans ce contexte, elles restent souveraines dans la définition et la mise en œuvre de leur stratégie de développement, y compris en matière environnementale. Si elles sont de plus en plus nombreuses à prendre conscience de leur responsabilité dans le changement climatique, on observe des niveaux d’engagement inégaux, allant d’une position « minimale » (respect de la réglementation) à une stratégie défensive (communication), proactive (évolution des offres et actions disparates) ou intégrative (enjeux environnementaux au cœur de la stratégie).
Les pouvoirs publics peuvent néanmoins donner l’impulsion, notamment en conditionnant leurs aides à la prise en compte des enjeux environnementaux et sociaux. C’est, par exemple, le cas de la métropole de Rennes qui impose depuis 2023 le respect de tels critères pour l’accès à ses financements. Par ailleurs, de nombreux dispositifs d’accompagnement existent en Bretagne en matière d’efficacité et de sobriété énergétique, de financement des investissements ou encore de transformation des modèles économiques. En 2023, les CCI de Bretagne ont ainsi réalisé plus de 10.000 prestations de conseil. La Convention des entreprises pour le climat (CEC) ouest accompagne la transition d’une économie « extractive » (fondée sur l’exploitation des ressources) vers une économie dite « régénérative » (fondée sur leur renouvellement). L’ADEME Bretagne soutient également les entreprises dans leur transition et la SemBreizh propose un appui financier et opérationnel à des projets d’aménagement associant collectivités et entreprises du territoire.
L’action publique peut également favoriser, à l’échelle des territoires, des dynamiques de coopération entre entreprises, en s’appuyant sur une approche écosystémique qui mobilise l’innovation technologique, organisationnelle et sociale. En Bretagne, cette orientation se traduit notamment par les démarches collectives territoriales d’économie circulaire, soutenues par des appels à projets de la Région, qui accompagnent les acteurs publics et les collectifs d’entreprises dans l’expérimentation et le déploiement de nouveaux modèles de développement.
S’adapter : entre nécessités et incitations
Encore perçue comme secondaire, l’adaptation au changement climatique reste sous-estimée par une majorité de dirigeants de PME : en France, 68 % d’entre eux ne la considèrent pas comme un enjeu majeur, et 57 % estiment leur entreprise peu exposée aux aléas climatiques5. Pourtant, en Bretagne comme ailleurs, la multiplication des canicules, des pénuries d’eau ou des inondations affecte déjà les activités économiques. Pour les entreprises, s’adapter devient un enjeu central de sécurité, de résilience et de performance. Ne pas anticiper ces risques peut avoir des conséquences concrètes : arrêt d’une chaîne de production en raison de restrictions d’eau, mise au chômage technique pour des salariés exposés à la chaleur, difficultés d’approvisionnement, hausse du coût des assurances voire inassurabilité, etc6.
À l’échelle nationale, le PNACC incite les entreprises à intégrer l’adaptation dans leur stratégie, notamment au moyen des études de vulnérabilité climatique et des plans d’action dédiés. En Bretagne, des dispositifs d’accompagnement, comme celui porté par Bretagne Compétitivité (initiative de la CCI Bretagne), soutiennent cette démarche en combinant sensibilisation, identification des risques et appui opérationnel afin de renforcer la résilience des entreprises à long terme.
L’évolution du cadre réglementaire européen joue également un rôle moteur en matière d’adaptation. En introduisant le principe de « double matérialité » selon lequel les entreprises doivent désormais rendre compte à la fois de leur impact sur l’environnement et de l’impact de ce dernier sur leur performance financière, la directive européenne CSRD7 ne se limite pas à renforcer la transparence, mais incite les entreprises à intégrer les risques climatiques dans leur stratégie. Cette réglementation a toutefois une portée restreinte : elle concerne principalement les grandes entreprises, sa mise en œuvre est progressive et le dispositif a été récemment allégé. Malgré cela, un nombre croissant d’entreprises ont compris que l’adaptation constitue un levier stratégique majeur et ont engagé des démarches concrètes en ce sens.
Expérimenter de nouveaux modèles économiques en Bretagne
Si les grandes entreprises sont particulièrement sensibilisées à une utilisation plus efficace des ressources (énergie ou matières premières) et s’avèrent plus nombreuses, en proportion, à recourir à des certifications ou labellisations par des tiers8, un tissu de petites et moyennes entreprises, fortement intégrées dans leur territoire, se développe pour mettre en œuvre des transformations plus profondes. Parmi les voies émergentes, l’Économie de la fonctionnalité et de la coopération (EFC), qui invite à dépasser la logique de volume pour concevoir des solutions centrées sur l’usage et fondées sur la coopération entre les parties prenantes, apparaît comme une réponse particulièrement pertinente9. D’autres initiatives mettent l’accent sur la sobriété ou l’adoption d’approches low-tech, privilégiant des solutions simples, robustes et peu consommatrices de ressources, et s’inscrivant dans une logique de « soutenabilité forte ». Cette approche – proposée par les tenants de l’économie écologique et définie en opposition à la « soutenabilité faible » pour penser le développement durable – considère comme absolues les limites imposées par la nature ; l’économie doit ainsi s’intégrer dans la biosphère, et non l’inverse, les entreprises se développant dans les limites de ce que la nature peut supporter.
Plusieurs initiatives locales s’inscrivent dans ce mouvement de transformation progressive. Dans le domaine maritime, la coopérative Skravik réhabilite la voile de travail. Elle surcycle10 des voiliers de plaisance qu’elle transforme en navires de travail à propulsion vélique. Dans le secteur de la construction, Atelier Bois d’Ici, concepteur et fabricant de tiny houses autonomes en bois local et en circuit court, développe un modèle combinant sobriété et économie circulaire. A la croisée de plusieurs secteurs d’activité (restauration, évènementiel, hôtellerie, formation professionnelle vers les métiers de la recomposition du littoral), des acteurs comme Maison Glaz développent de nouvelles propositions de valeurs inscrites dans une logique de robustesse.

Photo 1 : Le Skravik, premier voilier homologué navire professionnel de pêche © Florence Joubert
Ces initiatives se développent, portées par des acteurs dont les missions intègrent souvent des objectifs d’essaimage et de transmission ; toutefois, l’enjeu majeur demeure celui du passage à l’échelle, afin que ces modèles puissent se diffuser plus largement et inspirer des transformations au sein d’entreprises de plus grande taille.
Titre : Les entreprises bretonnes face au changement climatique
Auteur : Haut Conseil Breton pour le Climat
Année de publication : 2026
Type : Rapport
Citation : HAUT CONSEIL BRETON POUR LE CLIMAT, 2026, « Les entreprises bretonnes face au changement climatique », Bulletin annuel 2026, p. 26-28
- AirBreizh. 2022. https://isea.airbreizh.asso.fr/index.php?emission=GEStot#cartos ↩︎
- Pôle emploi. 2023. https://www.francetravail.org/files/live/sites/peorg-bre/files/documents/PDF/poleemploi-ChiffresCles-%23EXE-WEB.pdf ↩︎
- DREETS Bretagne. 2025. https://bretagne.dreets.gouv.fr/sites/bretagne.dreets.gouv.fr/IMG/pdf/2025-07-08_decarb-ind-bretagne.pdf ↩︎
- Région Bretagne. 2025. https://pro.tourismebretagne.bzh/etudes/les-chiffres-cles-du-tourisme-en-bretagne-edition-2025/ ↩︎
- BPI France. 2024. https://presse.bpifrance.fr/les-dirigeants-des-pme-et-eti-estiment-que-ladaptation-de-leur-entreprise-au-changement-climatique-est-un-defi-encore-lointain/?lang=fra ↩︎
- Bretagne Compétitivité. 2025. https://www.bretagne.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/6-4_a-courtois_adaptation_au_cc_-_journee_dreal-ta.pdf ↩︎
- Corporate Sustainability Reporting Directive adoptée en février 2022 qui contraint les entreprises à la transparence en les obligeant à publier des informations concernant, entre autres, leurs impacts environnementaux ↩︎
- INSEE. 2017. https://www.insee.fr/fr/statistiques/3197097 ↩︎
- ADEME. 2025. https://librairie.ademe.fr/economie-circulaire-et-dechets/8403-etude-des-demarches-d-economie-de-la-fonctionnalite-et-de-la-cooperation-des-entreprises-en-bretagne.html ↩︎
- Le surcyclage consiste à donner une deuxième vie à des objets ou des matériaux, en augmentant leur valeur ajoutée. Contrairement au recyclage, le surcyclage n’implique pas la destruction du matériau d’origine. ↩︎